Bataclan

Bataclan : l’horreur et la violence d’une photo

13 novembre. Date des attentats sur le sol français, des attaques sur Paris. Quatre-vingt-neuf personnes perdent la vie au Bataclan. Dimanche 15 novembre au matin, un peu plus de 24 heures plus tard, une photo de l’intérieur du Bataclan filtre et prolifère sur la toile.

Des corps, du sang. Le cliché est d’une incroyable violence. Par respect pour les familles et proches de victimes, la Préfecture de Police a demandé de ne pas diffuser cette image. Rapidement, elle disparait des réseaux sociaux. Le ministère de l’Intérieur a même fini par demander à Twitter et Facebook de la retirer. Aucun média français ne la publie, contrairement au journal anglais MailOnline.co.uk et au belge Sudinfo.be.

Mathieu Polak, rédacteur en chef adjoint du service photo du Monde nous explique : “Tout d’abord, nous n’avons aucune certitude sur la source. Il se pourrait qu’elle provienne de l’un des corps de métiers sur place après l’attentat. La rédaction de Mirrorpix achète des images et les met en revente à un prix très cher, du fait de la diffusion mondiale. Pourquoi est-ce qu’on ne l’a pas utilisée ? C’est vrai qu’on peut montrer toutes les photos, mais cela dépend de quand et comment. Il faut se mettre à la place des proches des victimes et voir à ce moment là comment nous réagirions en la voyant. Et puis, il est simple de faire comprendre ce qu’il s’est passé avec des images où l’on ne voit pas des corps ensanglantés. On ne l’a pas diffusée par décence, tout simplement. Mais il est fort possible que dans quelques temps nous la publiions. Elle aura peut-être la valeur de document et permettra d’avoir une meilleure compréhension de l’évènement. Pour l’instant, c’est plus du voyeurisme mal placé. Cela va juste heurter la sensibilité des proches, ce que nous ne voulons pas faire. On n’a eu besoin que de quelques minutes pour en débattre ; et on était tous d’accord là dessus. Et en plus, elle n’est pas sincèrement utile. Dans le cas anglais, il y a d’abord les tabloïds, comme le Dailymail, qui continuent à avoir beaucoup d’argent. J’ai travaillé pendant des années en Angleterre. Lorsqu’il se passe un évènement, ils cherchent à obtenir des témoignages exclusifs et des photos. Et ils sont prêts à les acheter très cher ! Et puis les anglo-saxons fonctionnent comme ça : il se passe quelque chose, on le montre. Il s’agit d’un principe de base. Il y a quelques années, on appelait ça le “checkbook journalism”. Et cela s’est vraiment multiplié avec les tabloïds. Aujourd’hui, The Guardian a publié une photo d’un photographe Tchèque, qui était au Carillon. La photo a été prise sur l’instant et est en noir et blanc. On ne voit pas de sang et pourtant on est dedans. Cette photo là n’est pas du tout voyeuse vu que le photographe était présent au moment de l’évènement. Dans le monde anglo-saxon, la législation n’est pas la même qu’en France. Pour le respect de la vie privée, il suffit de flouter les corps et visages. Mais on montre quand même ce qui s’est passé. Et c’est le cas de cette photo prise dans le Bataclan.”

 

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Sarah Wargny

Journaliste en contrat pro chez M6, je m'intéresse au renouveau de mon métier. C'est donc très motivée que j'ai entamé l'aventure Medialism ! Contactez-moi

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