Banque mondiale

Enquête sur la Banque mondiale avec ses propres données

 

Le Huffington Post a révélé à la mi-avril que 3,4 millions de personnes dans le monde ont été déplacées sans solution de relogement ou de compensation, à cause de projets soutenus par la Banque mondiale entre 2004 et 2014. Ce chiffre et les nombreux articles qui l’ont accompagné sont le fruit d’une longue enquête menée en collaboration avec le Consortium international de journalistes d’investigation (International Consortium of Investigative Journalists, ICIJ).

« Notre point de départ a été le nombre de plaintes sur différents projets, mais nous n’avions pas l’image globale, explique Cécile Schilis-Gallego, datajournaliste à l’ICIJ. Le chiffre total n’existait tout simplement pas. »

Des données figuraient bien dans des documents sur les projets mais les journalistes se sont heurtés à plusieurs difficultés : non seulement ces fichiers étaient des PDF – bien plus compliqués à exploiter que des tableurs – mais chacun avait été rédigé par les gouvernements des pays concernés, ils n’étaient pas organisés de la même manière, n’utilisaient pas les mêmes termes… « La première étape a été d’avoir une méthodologie claire et solide (elle tenait sur 10 pages !), de s’y tenir tout au long de l’enquête et de savoir quelles étaient nos limites, comme le fait que le chiffre final ne sera que partiel parce que des données sont manquantes sur certains projets, détaille Cécile Schilis-Gallego. Cela nous a pris dix mois pour tout exploiter, mettre en ordre les données, les visualiser… »

Du data-journalisme…mal reçu

Immanquablement, la Banque mondiale n’a pas accueilli cette enquête à bras ouverts.

« Les premiers retours ont été “vous ne comprenez pas notre travail”, “vous ne pouvez pas ajouter ces gens”… Cela a parfois été décourageant, mais des sources nous disaient en parallèle de continuer, que leur discours de façade n’étaient qu’une excuse pour ne rien faire. Cela nous a poussé à continuer. »

Peu avant la publication de l’enquête, la Banque mondiale a publiquement admis n’avoir aucune idée du nombre de personnes déplacées à cause des projets qu’elle soutient. « Nous devons faire et nous ferons mieux », a assuré son président, Jim Yong Kim. L’institution a alors tenté de connaître elle aussi le nombre de personnes déplacées… en utilisant la même méthodologie que les journalistes.

Charles Deyrieux

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