Enseignement journalisme digital

Nouveaux ressorts de l’enseignement du journalisme

Le web, c’est net, ça s’enseigne. Depuis une dizaine d’années, les unes après les autres, les rédactions se sont rendues à l’évidence : le canal du web est indispensable pour faire passer de l’information. Cette nouvelle facette du métier de journaliste s’est peu à peu ancrée dans la manière de chercher et de relater l’actualité. Le web, ce nouveau média, a permis l’émergence de nouvelles compétences dans le métier. De nouveaux besoins se sont faits sentir, il a donc fallu adapter l’enseignement. Pour en parler, Charlotte Menegaux, responsable de la formation web de l’ESJ Lille a répondu à nos questions.

Toutes les écoles de journalisme ont désormais pris le pas du numérique. Le CFJ, le CELSA, Science-Po, l’ISCPA, l’ESJ Lille, comme la plupart, dispensent des enseignements spécifiques à l’exercice du métier de journaliste. Des journalistes, confrontés à la réalité du métier et à son évolution, offrent leur expertise aux étudiants. Charlotte Menegaux, après une expérience enrichissante au Figaro.fr, a intégré les rangs des formateurs de l’ESJ Lille il y a plus de 3 ans. Responsable de la formation web, elle ne se considère pas vraiment comme une enseignante. L’objectif commun des intervenants de l’école est de « former les étudiants au plus près des exigences des rédactions ». Une spécialité web a été ouverte il y a environ 6 ans, période où toutes les rédactions se sont mises à investir financièrement et humainement. Dans cette spécialité ouverte la dernière année d’études, l’accent est mis sur la formation technique et notamment le code informatique. « Il ne s’agit pas de former des développeurs informatique mais de donner aux étudiants les outils pour comprendre ce métier et pouvoir travailler avec les nouveaux outils disponibles ». Malgré la spécialité, tous les étudiants reçoivent un enseignement numérique renforcé. Qu’ils choisissent la spécialité radio ou télévision, aucun n’échappe à la connaissance des métiers du numérique. Une évolution très marquante : la formation à la presse écrite a laissé la place à la formation web. Les bases restent les mêmes : le travail d’enquête, de croisement d’informations, de vérification des sources et la rédaction sont toujours enseignés. La formation intègre simplement des outils informatiques en plus, permettant d’offrir les compétences nécessaires au travail sur les nouvelles plateformes.

Des enseignements numériques professionnalisants

« L’objectif de cette accentuation de la dimension numérique est d’insérer au mieux les étudiants dans une réalité du métier. Aujourd’hui, les “digital natives“ utilisent très naturellement les outils numériques et la veille digitale pour leur usage personnel, mais toute la difficulté est de leur apprendre une rigueur professionnelle dans ces usages ». En 2004, lorsque Charlotte a terminé ses études de journalisme, diplômée de l’IFP et du CUEJ, la formation n’était axée que sur la presse écrite. Aujourd’hui on incite toujours les étudiants à multiplier les expériences, mais pas nécessairement dans une rédaction de presse ou audiovisuelle traditionnelle. L’accent est mis sur la création de contenus mais aussi de média. Les plateformes numériques offrant très facilement la possibilité de créer un site web, les étudiants sont incités à créer leur propre rédaction dans un site web. Tout est traité dans le cadre éditorial et rédactionnel mais aussi entrepreneurial, à travers les dimensions financières et managériales. Ces projets fictifs de création de médias sont alimentés toute l’année dans l’optique de fonder un média à part entière. Depuis 2 ans, chaque année, un projet présentant des capacités de développement suffisantes a la possibilité d’être remarqué par un jury et incubé par les partenaires de l’école. Ainsi, les nouveaux journalistes de demain peuvent travailler pour leur propre média, ou au moins faire valoir une expérience à la fois éditoriale et entrepreneuriale. « Sans formation ni développement d’un intérêt pour le web aujourd’hui, les étudiants cherchant à s’insérer sur le marché du journalisme risquent d’aller au casse pipe. Le web embauche, bouge beaucoup, il faut s’y adapter pour exercer au mieux le métier ». Les nouveaux ressorts de ces enseignements ont notamment pour objectif d’apprendre à gérer une audience car « les journalistes sont interpelés directement aujourd’hui via les réseaux sociaux, forums ou autres sites web ». D’autre part la spécialité web apporte une « notion de polyvalence visant à ne rien enlever du fond, de la base du métier et d’ajouter des compétences. Le web est un support qui mélange tout, nécessitant de tout maîtriser, la radio, la TV, l’écrit ».

Comme autre projet à part entière, les étudiants produisent un format différent chaque année (newsgame cette année, longform l’année dernière, webdoc il y a 2 ans…). « Ce projet leur permet une appropriation complète avec une autonomie presque totale dans la ligne éditoriale ».

Une nécessité d’évoluer en équilibre avec la publicité

« Il faut sensibiliser les nouveaux journalistes aux modèles économiques ». Sans la publicité, un média peut difficilement être rentable et obtenir des revenus lui permettant de publier et d’évoluer. Il faut alors impérativement garantir l’indépendance du média, ne pas être dépendant des annonceurs dans la ligne éditoriale et pouvoir choisir les sujets traités. « Le système de l’abonnement est celui qui permet le mieux cette autonomie, mais personne n’a encore trouvé la formule magique. Dans de nombreuses rédactions web, se développe le principe du Native Advertising, ou contenus sponsorisés. Le phénomène existe et prend de l’ampleur donc, charge aux rédactions de gérer cette évolution au mieux, en étant transparentes avec leur lectorat, et très claires dans l’attribution des tâches entre la rédaction et la communication ». À l’ESJ Lille, les intervenants sensibilisent les étudiants à ces questions pour qu’ils intègrent les rédactions en connaissance de cause. Mais elle veille bien à éviter la confusion des genres et à former des journalistes.

Charles Deyrieux

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