ProPublica investit le « dark web »

Le site indépendant new-yorkais d’investigation, ProPublica, a fait parler de lui avec sa première immersion dans le dark web. Il s’agit du tout premier média d’information à s’y développer. Les lecteurs peuvent ainsi lire les articles du site d’information tout en restant complètement anonyme. 

ProPublica site d'investigation

L’organe d’information indépendant, ProPublica, réalise de nombreux articles d’investigation, notamment sur la censure, ou encore, sur l’intimité numérique et la surveillance. D’où cette idée de proposer une version du site sur le dark web. «Au départ, nous avions imaginé nous lancer sur le dark web lorsque nous avions publié « Inside The Firewall » (« Derrière le pare-feu »), un projet portant sur la censure des médias opérée en Chine, puisque là-bas, certains utilisent Tor pour contourner la censure du gouvernement», explique Mike Tigas, journaliste et developper d’applications d’information pour ProPublica, «Mais cet outil nous a aussi permis de proposer une nouvelle option à nos lecteurs qui souhaitent protéger leur vie privée. Nous avons écrit beaucoup d’histoires sur la surveillance et l’intimité numérique, et nous avons créé d’autres outils où les utilisateurs peuvent chercher des informations personnelles. Donc pourquoi pas donner à nos lecteurs un moyen d’accéder au contenu sans se soucier de leur propre vie privée ?»

L’utilisation du réseau Tor

En utilisant le réseau Tor, l’anonymat des lecteurs du site d’information est assuré. « On y accède par le navigateur Tor, qui est un navigateur permettant une anonymisation des communications en faisant « rebondir » une connexion entre mon ordinateur et le serveur auquel je veux accéder parmi plusieurs nœuds de connexion, chacun anonymisant sa provenance et sa destination », explique Adrienne Charmet-Alix, porte-parole de la Quadrature du Net, association de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet. Ce réseau fonctionne donc en couches superposées. Les échanges circulent entre différents routeurs, qui rendent alors les données quasiment intraçables.

Logo du reseau Tor

Grâce à ce réseau,  les utilisateurs peuvent accéder aux sites Onion du dark web. Cette partie immergée d’Internet rassemble une multitude de services cachés. «Pour aller sur l’adresse de ProPublica en .onion, je dois obligatoirement ouvrir le navigateur Tor spécifique et rentrer directement l’URL que je veux dedans. » précise Adrienne. Il s’agit de sites ou services internet en « .onion » et possédant une adresse URL impossible à mémoriser». «Notre service caché, Tor (« Site Onion »), accessible via propub3r6espa33w.onion, permet aux utilisateurs de lire notre site sans collecte de méta-données», ajoute Mike Tigas.  

L’univers caché du darkweb

Le dark web cache donc des services, tels que des forum anarchistes, des sites de vente d’armes, des sites pornographiques etc. Mais aussi des sites de messagerie ou chats, très utiles pour les journalistes et dissidents politiques. «L’image qu’on en a est souvent très négative alors qu’en réalité cela recouvre bien des usages, certains légaux, d’autres illégaux, comme sur le reste d’internet», souligne Charmet-Alix.

Les utilisateurs d’un tel outil ont toutes sortes d’objectifs : garder leur anonymat, contourner la censure dans leur pays… Pour certains il s’agit du seul moyen d’accès à certaines informations, comme le précise Adrienne : «Toute personne cherchant à rendre sa lecture anonyme. Plus spécifiquement des personnes qui seraient en danger si elles étaient surveillées en lisant ce média. Donc potentiellement des militants, des personnes vivant dans des dictatures etc».

Protéger l’information journalistique

Avant ProPublica, d’autres s’étaient déjà lancés sur le Darkweb, tels que Facebook en novembre 2014 (sur facebookcorewwwi.onion). «Facebook met aussi à disposition des connexions en .onion, afin de permettre à des dissidents politiques, par exemple, de continuer à se connecter en sécurité sur ces services», ajoute Adrienne.

Mais dans le cas de ProPublica, la sécurité et la vie privée de ses lecteurs se retrouvent au coeur de leur travail. Le Dark web est donc un outil qui pourrait se généraliser aux autres médias, selon Mike Tigas : «Je pense que cet outil sera utile pour les sites internet en général (pas seulement les sites d’information) pour proposer des voies d’accès sécurisées à leurs contenus. Plusieurs sites d’information sont déjà venus nous voir pour savoir comment nous avions réalisé cela, pour pouvoir lancer leur propre entrée. Nous publierons bientôt un article avec plus de détails sur la manière dont nous l’avons lancé, et nous espérons partager le code que nous avons utilisé pour rendre cela possible».

Une avancée ingénieuse qui favoriserait une liberté d’information mondiale, et une tendance à venir qui plaît à Adrienne Charmet-Alix : «Si les médias ont à cœur de pouvoir être lus par tous, y compris les personnes qui veulent contourner la censure ou ne pas être surveillés, ils peuvent se lancer eux aussi sur le dark web». A noter qu’une telle initiative est en parfaite adéquation avec les objectifs de La Quadrature du Net, qui défend et promeut l’accès à un Internet libre et ouvert.

 

Photo : logo du réseau Tor

blank

Sarah Wargny

Journaliste en contrat pro chez M6, je m'intéresse au renouveau de mon métier. C'est donc très motivée que j'ai entamé l'aventure Medialism ! Contactez-moi

One comment

Leave a Comment